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POUR DIFFUSION IMMÉDIATE — Bruxelles, 15 février 2026

CE QUE LA PRESSE BELGE NE CONNECTE PAS

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Six angles morts démocratiques que 95 % de la presse francophone,bientôt sous un seul groupe, ne relie jamais entre eux

Pendant que la fusion Rossel-IPM s’achève dans l’indifférence, 117 000 chômeurs sont en train de perdre leurs allocations, 188 millions d’euros financent chaque année les partis qui se contrôlent eux-mêmes, et la justice belge reçoit moins de la moitié de la moyenne européenne. Une initiative citoyenne bruxelloise, ouaisfi.eu, publie aujourd’hui l’analyse transversale que personne ne produit : la cartographie des dysfonctionnements qui se renforcent mutuellement.

95 % de la presse quotidienne francophone bientôt sous un seul groupe (fusion Rossel-IPM, décembre 2025)
188,3 M€ de financement public annuel des partis — les contrôlés se contrôlent eux-mêmes
117 000 personnes exclues du chômage entre janvier et juin 2026, 180 000 d’ici mi-2027
0,22 % du PIB pour la justice — contre 0,31 % de moyenne européenne
40 % des Belges en situation de vulnérabilité numérique (16-74 ans)
> 50 % de non-recours aux droits sociaux chez les personnes éligibles
103+ journalistes passés de la presse à la communication politique (1995-2017)
29 €/mois coût total de l’infrastructure ouaisfi.eu — 10 plateformes, \~300 contenus

Angle mort n°1 — Le monopole médiatique francophone

La Belgique francophone est en train de vivre, dans le silence, la concentration médiatique la plus radicale d’Europe occidentale. L’accord définitif entre Rossel (famille Hurbain) et IPM (famille Le Hodey), finalisé en décembre 2025, place l’intégralité des quotidiens francophones — Le Soir, La Libre, La DH, L’Avenir, Sud Presse, LN24 — sous un seul et même groupe. En 1960, 48 titres de journaux coexistaient. En 2016, il en restait 15. En 2026, un seul éditeur les contrôlera tous.

Côté néerlandophone, DPG Media (famille Van Thillo) détient VTM, Het Laatste Nieuws, De Morgen et 50 % de RTL Belgium. Au conseil d’administration de DPG siègent le comte Étienne Davignon, Guy Verhofstadt et Wouter De Geest, président de VOKA. Cinq familles contrôlent désormais la quasi-totalité de l’information belge. Le Centre pour le pluralisme des médias (EUI, 2024) qualifie le marché de « hautement concentré ».

Parallèlement, plus de 103 journalistes francophones ont quitté le journalisme pour la communication politique entre 1995 et 2017. Des trajectoires emblématiques illustrent cette porosité : Hadja Lahbib (RTBF → ministre → commissaire européenne sans jamais avoir été élue), Siegfried Bracke (VRT → président de la Chambre pour la N-VA), François Bailly (rédacteur en chef de L’Écho → porte-parole du Premier ministre → directeur de RTL Info). Ces revolving doors neutralisent structurellement le contre-pouvoir informationnel.

Angle mort n°2 — 188 millions d’euros d’autocontrôle partisan

Le financement public des partis politiques belges atteint 188,3 millions d’euros annuels selon les données 2024 de la KU Leuven : 83,7 millions de subventions directes et 104,6 millions de financements indirects (collaborateurs parlementaires, subsides aux groupes, dotation sénatoriale). La Belgique dépense deux fois plus par électeur que l’Allemagne et quatre fois plus que les Pays-Bas. L’Open VLD dépend à 90,8 % des fonds publics.

Le mécanisme de contrôle est circulaire : la Commission de contrôle des dépenses électorales est un organe parlementaire — les contrôlés se contrôlent eux-mêmes. Le GRECO et la Commission européenne relèvent cette insuffisance année après année sans obtenir de réforme. Les déclarations de patrimoine des mandataires ne sont jamais ouvertes. Le registre fédéral de lobbying n’existe que là où les lobbies l’acceptent. Pendant ce temps, les cabinets ministériels coûtent 66 millions d’euros et emploient environ 2 000 personnes à tous niveaux de pouvoir.

Angle mort n°3 — Le plus grand transfert de pauvreté depuis 1945

La coalition Arizona opère en ce moment même le plus grand transfert de charges sociales de l’histoire de la sécurité sociale belge. Depuis janvier 2026, 28 000 personnes avec plus de vingt ans d’inoccupation ont été exclues du chômage. Le 1er mars 2026, 43 000 autres suivront (8 à 20 ans), puis 47 000 en avril. Au total, 117 000 personnes entre janvier et juin 2026, et environ 180 000 d’ici juillet 2027.

La géographie de l’exclusion est frappante : sur les 140 communes les plus touchées, 139 sont wallonnes ou bruxelloises. Quatre-vingts pour cent des personnes concernées n’ont pas le diplôme du secondaire supérieur. Le CPAS de Namur a enregistré 300 nouvelles demandes en vingt jours et prévoit de passer de 4 300 à 6 000 bénéficiaires. La Fédération des CPAS estime le coût total entre 493 et 631 millions d’euros, bien au-delà des 300 millions annuels de compensation fédérale.

L’étude de l’OCDE (Salvatori, Working Paper n°272, 2022) portant spécifiquement sur la Belgique est le fait empirique le plus dévastateur pour la thèse gouvernementale : la réforme de 2012 n’a produit « aucune indication » d’augmentation des flux vers l’emploi. Ce n’est pas un transfert vers l’emploi, c’est un transfert vers la pauvreté. Le budget Arizona fait porter 93 % de l’effort sur la sécurité sociale et seulement 7 % sur les patrimoines. Une taxe sur les fortunes rapporterait entre 4,7 et 10 milliards d’euros selon le Bureau du Plan — davantage que l’ensemble de l’effort Arizona.

Angle mort n°4 — La machine à exclure numérique

Quarante pour cent des Belges de 16 à 74 ans sont en situation de vulnérabilité numérique. La Belgique est le pays le plus inégalitaire parmi ses voisins en matière d’accès à Internet : 29 % des ménages à faibles revenus n’ont pas de connexion, contre 1 % des ménages aisés. Pendant ce temps, Bpost ferme la moitié de ses bureaux, la SNCB supprime les guichets dans 44 gares, et les trois principales entreprises publiques (Proximus, SNCB, Bpost) ont perdu plus de 50 000 emplois — 40 % de leur personnel — depuis 1997.

Cette fracture alimente directement le non-recours aux droits sociaux, phénomène massif mais invisible. Plus de 50 % des personnes éligibles aux aides sociales ne les réclament pas. Le non-recours au revenu d’intégration sociale est estimé entre 37 et 76 %. Pour l’allocation de chauffage, le non-recours atteint 67 à 88 %. Ce n’est pas de la fraude — c’est l’exacte inverse : des centaines de milliers de citoyens ne reçoivent pas ce que la loi leur garantit.

Angle mort n°5 — Une justice qui n’a plus les moyens de juger

La justice belge reçoit 0,22 % du PIB, contre 0,31 % en moyenne européenne. La confiance des citoyens est tombée de 61 % en 2014 à 54 % en 2024. Les affaires pénales ont augmenté de 26 % entre 2014 et 2023, atteignant 572 199 affaires. La première présidente de la Cour d’appel de Bruxelles, Laurence Massart, dit « craindre l’effondrement ».

En juin 2024, fait sans précédent dans l’histoire de la Belgique, les trois plus hautes juridictions du pays — Cour de cassation, Cour constitutionnelle et Conseil d’État — ont publié une déclaration commune solennelle invitant le gouvernement à reconnaître pleinement le pouvoir judiciaire. L’IFDH, dans son rapport d’octobre 2025, parle d’une « érosion préoccupante de l’État de droit ». Pendant ce temps, huit ans après les faits, le procès Nethys n’a toujours pas eu lieu, et 7 000 condamnations pour le non-accueil des demandeurs d’asile restent non exécutées.

La Belgique se situe à la 22e place mondiale de l’indice de perception de la corruption (69/100), derrière l’Allemagne (74) et les Pays-Bas (78). Le Comité P, après 25 ans de monitoring policier, constate que le système est « totalement inadéquat ». L’Autorité de protection des données ne peut même pas sanctionner les autorités publiques. Chaque contre-pouvoir institutionnel est soit sous-financé, soit privé de pouvoir contraignant.

Angle mort n°6 — Le Parlement absent, les contre-pouvoirs neutralisés

Le rapport Hindriks-Lamfalussy (UCLouvain, 2024) documente un taux d’absentéisme moyen de 30 % en commissions parlementaires à la Chambre fédérale. Environ 50 % des séances plénières ne génèrent aucune question parlementaire orale. Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est le moins actif du pays, et les deux tiers de ses textes émanent du gouvernement — pas de l’initiative parlementaire. La coalition Arizona a choisi de supprimer le Sénat plutôt que de le transformer en chambre citoyenne.

L’initiative « We Need to Talk » (2023) a réuni 60 citoyens tirés au sort sur le financement des partis et produit 34 recommandations. Aucune réforme n’a suivi. Les commissions délibératives bruxelloises mêlangent 17 parlementaires et 45 citoyens tirés au sort, mais leurs recommandations ne sont pas contraignantes. L’accord Arizona inscrit en revanche un encadrement du droit de grève — possibilité d’interdiction judiciaire de manifester, responsabilité juridique des syndicats pour actions non précédées d’un préavis. Le gouvernement attaque les contre-pouvoirs qui fonctionnent ; il laisse mourir ceux qui ne fonctionnent plus.

Ce que fait ouaisfi.eu : la connexion que personne ne produit

Ouaisfi.eu est une initiative citoyenne bruxelloise de veille démocratique, active depuis 2024, qui produit l’analyse transversale absente du paysage médiatique belge. Là où chaque angle mort est traité isolément dans la presse — quand il est traité —, ouaisfi.eu documente les boucles de rétroaction entre concentration médiatique, financement partisan auto-contrôlé, exclusions sociales massives, fracture numérique et neutralisation des contre-pouvoirs.

En deux ans, le projet a produit environ 300 contenus analytiques répartis sur 10 plateformes interconnectées, pour un coût total d’environ 29 euros par mois. Aucune publicité, aucun financement partisan, aucun traçage, aucune donnée personnelle collectée. Tout est publié sous licence Creative Commons. L’infrastructure repose intégralement sur des logiciels libres et de l’hébergement gratuit (GitHub Pages). Le projet revendique explicitement l’utilisation transparente d’outils d’intelligence artificielle comme assistants de recherche.

Ouaisfi.eu ne remplace pas le journalisme — il comble un espace que le journalisme concentré ne peut plus occuper. Quand 95 % de la presse quotidienne francophone appartient à un seul groupe, quand les revolving doors médias-politique rendent floues les frontières entre information et communication, quand les rédactions rétrécissent sous la pression économique, l’analyse citoyenne indépendante n’est pas un luxe — c’est une nécessité démocratique.

Ce que nous demandons

Aux médias : Cessez de traiter chaque dysfonctionnement comme un fait divers isolé. La fusion Rossel-IPM, les exclusions du chômage, le sous-financement de la justice, la fracture numérique et le financement partisan forment un système cohérent. Le journalisme d’investigation qui connecte ces réalités est exactement celui que la concentration rend impossible.

Au législateur : La Belgique est le seul pays dont la procédure de déficit excessif n’a pas été suspendue par la Commission européenne en 2025. L’effort de 9,2 milliards ne devrait pas reposer à 93 % sur la sécurité sociale quand une taxe sur les patrimoines rapporterait davantage. Ouvrez les déclarations de patrimoine. Créez un organe de contrôle du financement partisan indépendant du Parlement.

Aux citoyens : Vous avez des leviers. L’interpellation citoyenne communale est possible dès 16 ans. À Bruxelles, 25 personnes suffisent pour interpeller le Collège. À Etterbeek, 750 habitants peuvent placer une proposition à l’ordre du jour du conseil communal. Des plaintes collectives sont actives devant le Comité européen des droits sociaux. Quatre recours constitutionnels ont déjà été déposés contre les mesures Arizona. L’article 23 de la Constitution et le principe de standstill sont des armes juridiques sous-exploitées.

Aux organisations reconnues d’éducation permanente : Le moratoire 2026-2028 empêche toute nouvelle reconnaissance. Ouaisfi.eu cherche des partenariats avec des organisations existantes pour amplifier la veille citoyenne et développer des ateliers en présentiel. Notre méthodologie, nos outils et nos contenus sont librement reproductibles sous licence ouverte.

Sources et méthodologie

Toutes les données citées dans ce communiqué sont vérifiables auprès de sources institutionnelles publiques : KU Leuven (financement des partis, 2024), Bureau du Plan et BNB (projections budgétaires), OCDE/Salvatori (Working Paper n°272, 2022), Centre pour le pluralisme des médias (EUI, 2024), CRISP, Rapport Hindriks-Lamfalussy (UCLouvain, 2024), IFDH (rapport octobre 2025), GRECO, Transparency International, Comité P, Fédération des CPAS, SPF Emploi/ONEM, Baromètre de la société numérique (SPF Économie). Les analyses complètes et les dossiers sources sont accessibles sur ouaisfi.eu, dl.ouaisfi.eu et ouaisfieu.github.io.

Méthodologie : Ouaisfi.eu pratique la veille citoyenne en sources ouvertes (OSINT civique) et l’analyse critique documentée. Les outils d’IA sont utilisés comme assistants de recherche et sont toujours explicitement mentionnés dans chaque publication. Aucune affiliation institutionnelle n’est revendiquée. Le projet n’est lié à aucun parti politique, aucun syndicat, aucune organisation reconnue.

Contact presse

Cellule Analyse — Ouaisfi.eu

Email : souad.effek@ouaisfi.eu

Bluesky : @ouaisfi.eu

Site principal : https://ouaisfi.eu

Zone de téléchargement : https://dl.ouaisfi.eu

Base de connaissances : https://ouaisfieu.github.io/tech/

« Don’t be evil, just do it. »

Libre de droits — CC BY-SA 4.0 — Fork·Hack·Spread