MANIFESTE

MANIFESTE

CONTRE-INSTITUTION NUMÉRIQUE OUAISFIEU

Cellule Analyse — Laboratoire d’Intelligence Civile Chaotique

EXPÉRIENCE PILOTE N°1

FRAUDEURS DE TOUS PAYS,

UNISSONS-NOUS !

Protocole de jumelage citoyen sauvage

entre la rue de Dison (Verviers) et le quartier Transvaal (Auderghem)

en réponse au documentaire « Sans boulot : tous fraudeurs ? » (RTL-TVI, 2025)

La Dictature des Prolos, en somme.

Dr. Whoami

comedy

Bruxelles — Février 2026

Document non affilié à une institution universitaire — et c’est le propos

Licence CC BY-NC 4.0 — Fork it. Hack it. Spread it.

Préambule

Ce document est une arme. Pas une arme qui tue. Une arme qui relie.

Le 7 novembre 2025, RTL-TVI a diffusé un documentaire intitulé « Sans boulot : tous fraudeurs ? » devant 410 860 téléspectateurs. Coût de production estimé : entre 120 000 et 200 000 euros. Lieu de tournage principal : la rue de Dison à Verviers, rebaptisée pour l’occasion « la rue la plus pauvre de Belgique ». Résultat : plus de 100 plaintes au CSA, une enquête formelle pour « incitation à la discrimination basée sur la condition sociale », une mère célibataire forcée de déclarer publiquement que l’image qu’on avait donnée d’elle était fausse, et la présidente du CPAS révélant que son interview d’une heure avait été compressée en trente secondes de montage.

Ce document est la réponse. Pas une pétition. Pas une tribune dans Le Soir. Pas un communiqué de presse que personne ne lira. Un protocole d’action. Un mode d’emploi pour organiser la solidarité entre deux quartiers que le système a décidé de transformer en repoussoirs, et qui vont décider, eux, de se transformer en laboratoires.

Budget de RTL-TVI pour humilier des pauvres : 200 000 euros. Budget de ce protocole pour leur rendre leur dignité : 0 euro. Cherchez l’erreur.

★ ★ ★

I. Pourquoi ces deux quartiers

Ou comment le capitalisme fabrique des jumeaux sans le savoir

Un jumelage, dans la tradition municipale, c’est deux villes qui décident de se reconnaître comme sœurs. Ça donne des panneaux à l’entrée de la commune, des échanges de fanfares, et des bourgmestres qui trinquent au vin d’honneur. C’est charmant. C’est inoffensif. C’est exactement le contraire de ce que nous proposons.

Notre jumelage est sauvage. Personne ne l’a demandé. Personne ne l’a autorisé. Il ne sera signé par aucun bourgmestre et ne figurera sur aucun panneau. Il sera signé par des gens qui en ont marre qu’on les regarde de haut — et qui découvrent, au passage, qu’on les regarde de haut de la même façon à 108 kilomètres de distance.

Verviers, rue de Dison : le décor du crime

Verviers était une ville lainière. Elle est devenue une ville sinistrée. Les inondations de juillet 2021 ont achevé ce que la désindustrialisation avait commencé. La rue de Dison, artère populaire, concentre tous les indicateurs de précarité que le système sait parfaitement mesurer mais refuse obstinément de traiter. Alors RTL-TVI l’a traitée à sa place : en la filmant. Avec des caméras, pas avec des moyens.

Christophe Deborsu a dépensé entre 120 000 et 200 000 euros pour 37 minutes de mépris de classe monté serré. Avec cette somme, on aurait pu financer dix années d’atelier d’éducation permanente dans le quartier. Ou former 200 citoyens à l’OSINT. Ou rénover la façade de quatre immeubles. Mais filmer des pauvres en train d’être pauvres, ça rapporte 39,1% de parts de marché. Réparer la pauvreté, ça ne rapporte rien à personne — sauf aux pauvres, et les pauvres ne sont pas un marché.

Auderghem-Transvaal : l’île qu’on ne filme pas

Le quartier Transvaal, à Auderghem, c’est l’autre face de la pièce. Personne ne le filme parce que personne ne sait qu’il existe. C’est un quartier invisible. Et c’est précisément pour ça qu’il est intéressant.

Son nom est un monument à l’ironie de l’Histoire. En 1898, un industriel du nom de Marga y installe une fabrique de munitions destinées aux Boers du Transvaal, en Afrique du Sud. Des ouvriers bruxellois fabriquaient des balles pour une guerre coloniale dont ils ne savaient rien, à laquelle ils n’avaient pas été invités, et dont ils ne verraient jamais la couleur du profit. Le quartier a gardé le nom de cette guerre lointaine. Les ouvriers ont gardé les logements modestes. Et un siècle plus tard, leurs héritiers symboliques vivent dans 605 logements sociaux d’après-guerre dont les fenêtres n’isolent plus depuis longtemps et dont les murs racontent, si on sait les lire, toute l’histoire du capitalisme en trois couches de peinture.

En 2006, la STIB a supprimé la ligne de bus 34. Le quartier Transvaal a été coupé du reste d’Auderghem. Les commerces sont morts les uns après les autres. Les aînés se sont retrouvés obligés de prendre trois correspondances pour traverser leur propre commune. En 2012, 150 d’entre eux ont manifesté avec des pancartes qui disaient « Des Seniors, pas des pigeons ». La STIB a promis de rétablir la ligne. Elle ne l’a pas fait.

14% de chômage. 19 421 euros de revenu imposable moyen. Un chantier de rénovation à 4,3 millions pour 46 appartements qui ne répondaient plus « aux exigences actuelles ». Et personne, absolument personne, pour faire un documentaire à 200 000 euros sur le sujet. Les invisibles ne font pas d’audience.

« Des Seniors, pas des pigeons. »
— Banderole de manifestation, quartier Transvaal, Auderghem, 2012

Le miroir

Voilà pourquoi ces deux quartiers. L’un est sur-exposé : filmé, humilié, transformé en spectacle. L’autre est sous-exposé : ignoré, coupé de ses transports, oublié par les médias, rénové dans l’indifférence. Le même mécanisme produit les deux résultats : la pauvreté sert le système soit comme repoussoir (Verviers : regardez les fraudeurs), soit comme silence (Transvaal : rien à voir, circulez). Dans les deux cas, les gens qui y vivent ne sont pas des sujets politiques. Ils sont du décor.

Le jumelage vise à les sortir du décor. À les mettre en scène — mais en tant que metteurs en scène.

Paramètre Verviers — Rue de Dison Auderghem — Transvaal
Médiatisation Sur-exposé (poverty porn) Invisible (zéro couverture)
Précarité Haute (CPAS, chômage massif) Structurelle (605 logements sociaux)
Traumatisme récent Inondations 2021 + documentaire 2025 Suppression bus 34 (2006)
Réaction citoyenne 100+ plaintes CSA, contre-récit actif Manif 2012, puis silence
Nom du quartier Lié à l’industrie textile (laine) Lié à une fabrique de munitions coloniales
Fonction pour le système Repoussoir médiatique Zone tampon invisible
Distance 108 km

Tableau 1 — Radiographie comparée des deux territoires jumelés

II. Le concept : la Dictature des Prolos

Ou comment retourner le stigmate comme une crêpe

Le génie du documentaire de Deborsu, c’est d’avoir réussi à faire croire que les pauvres sont le problème. Pas la pauvreté. Les pauvres. La fraude sociale estimée entre 1 et 2% des dépenses sociales est devenue, dans l’imaginaire collecté par son objectif, un fléau national. Pendant ce temps, l’évasion fiscale se chiffre en dizaines de milliards, mais les milliards n’ont pas de visage filmable et les paradis fiscaux n’ont pas de rue de Dison.

Notre réponse est un retournement : si nous sommes des fraudeurs, alors organisons-nous en tant que tels. Non pas pour frauder, mais pour montrer ce qu’un collectif de « fraudeurs » peut accomplir quand il décide de prendre en main sa propre narration.

LA DICTATURE DES PROLOS, EN SOMME.

Le titre est volontairement provocant et se moque de trois choses à la fois : du fantasme médiatique des allocataires-rois, de la « dictature du prolétariat » marxiste que personne n’a jamais vue fonctionner, et de la complaisance d’une société qui utilise le mot « dictature » pour décrire des gens qui touchent 1 200 euros par mois mais pas pour décrire un système qui dépense 200 000 euros pour les humilier.

Les principes fondateurs du jumelage

Premier principe : personne ne demande la permission. Les jumelages officiels passent par les conseils communaux, les délibérations, les signatures protocolaires. Le nôtre passe par les gens. Si dix habitants de la rue de Dison et dix habitants du Transvaal décident qu’ils sont jumelés, ils sont jumelés. La légitimité vient d’en bas. C’est ça, le principe anarchiste appliqué à la solidarité : l’auto-organisation n’attend pas le tampon officiel.

Deuxième principe : pas de charité, de la réciprocité. Verviers n’aide pas Auderghem. Auderghem n’aide pas Verviers. Les deux s’outillent mutuellement. Ce n’est pas une bonne œuvre ; c’est une alliance. Une alliance entre deux territoires qui ont compris que le système les utilise l’un contre l’autre — les visibles contre les invisibles, les médiatisés contre les oubliés — et qui décident de refuser ce rôle.

Troisième principe : tout est public, reproductible et forkable. Chaque outil créé, chaque méthode développée, chaque résultat obtenu sera documenté, mis en ligne sous licence Creative Commons, et prêt à être copié par n’importe quel autre quartier de Belgique, d’Europe ou du monde. Si ça marche à Verviers et au Transvaal, ça peut marcher à Charleroi et à Molenbeek. À Marseille et à Roubaix. À Liverpool et à Naples. Le protocole est l’arme. La forkabilité est la stratégie.

« La fraude sociale en Belgique représente entre 1 et 2% des dépenses sociales. La perception publique : 24 à 27%. Le documentaire de Deborsu a creusé cet écart. Notre jumelage va le combler. »
— Cellule Analyse, ouaisfieu

III. Le protocole opérationnel

Cinq phases, zéro budget, un seul ennemi : le mépris

Phase 1 — L’Écoute croisée (Semaines 1-4)

Avant d’agir, on écoute. Pas avec des caméras. Pas avec des questionnaires socio-économiques. Avec des oreilles et du café.

Dix habitants de la rue de Dison se voient proposer d’échanger, par visio ou par lettre, avec dix habitants du Transvaal. Le cadre est libre. La seule consigne : racontez-vous. Pas votre pauvreté. Pas votre statut. Vous. Ce que vous faites le matin. Ce qui vous fait rire. Ce qui vous met en colère. Ce que vous savez faire et que personne ne vous demande jamais de faire.

C’est le premier acte de la dictature des prolos : se reconnaître comme sujets pensants plutôt que comme objets filmés. Deborsu a demandé à Laetitia combien elle touchait du CPAS. Nous lui demanderons ce qu’elle aimerait apprendre. La différence entre un documentaire à 200 000 euros et un jumelage à zéro euro, c’est la question que vous posez.

Phase 2 — Le Contre-Documentaire (Semaines 5-8)

Phase de production. Avec des téléphones, pas avec des équipes de tournage à 2 600 euros la semaine. Chaque participant des deux quartiers filme sa journée — mais cette fois, c’est lui qui tient la caméra et lui qui fait le montage. Le résultat n’est pas un documentaire professionnel. C’est mieux : c’est un regard non-médié.

Le format visé : une série de capsules courtes, 3 à 5 minutes, croisées entre les deux quartiers. Un matin à Verviers. Un matin au Transvaal. Les courses, le bus qu’on attend, le CPAS, le compost de quartier, la friterie du coin, le gamin qui fait ses devoirs. Pas de voice-over condescendante. Pas de musique dramatique. Pas de ratio 120:1. Tout reste. Les silences aussi.

Titre de la série : « Avec boulot ou sans : on est là ».

Phase 3 — L’Assemblée des Fraudeurs (Semaines 9-12)

Le cœur du dispositif. Un événement physique — une journée, deux lieux connectés par visio — où les participants des deux quartiers se rencontrent (ceux qui peuvent se déplacer) ou s’écoutent (ceux qui ne le peuvent pas) pour débattre d’une seule question : qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Le format est inspiré des Poverty Truth Commissions écossaises, où des personnes en situation de précarité et des décideurs se retrouvent à égalité sous le principe « Rien sur nous, sans nous, n’est pour nous ». Mais nous allons plus loin : chez nous, il n’y a pas de décideurs invités. Les décideurs, c’est eux. L’Assemblée des Fraudeurs est souveraine.

L’assemblée produit trois livrables concrets : une charte commune des deux quartiers, une liste de demandes spécifiques à chaque territoire, et un protocole de jumelage reproductible pour d’autres quartiers. Le tout est publié en temps réel, sous licence Creative Commons, sur l’écosystème ouaisfieu.

RIEN SUR NOUS, SANS NOUS, N’EST POUR NOUS.

Phase 4 — Le Lead-dexing citoyen (Semaines 13-20)

Les demandes issues de l’Assemblée ne restent pas sur papier. Elles sont traitées par la méthode du lead-dexing citoyen : chaque demande est transformée en dossier, attribuée à un binôme Verviers-Transvaal, documentée avec les outils OSINT du projet ouaisfieu, et envoyée aux interlocuteurs compétents (CPAS, commune, région, médiateur fédéral) avec copie publique.

Le principe : la saturation légale. Pas de violence. Pas de manifestation. Des dossiers. Des dossiers impeccables, sourcés, référencés, constitutionnellement fondés. Chaque demande est un petit papillon de Lorenz juridique : une micro-perturbation dont le système ne peut pas prévoir les conséquences, mais dont il ne peut pas nier l’existence.

Phase 5 — Le Fork (Mois 6+)

Si le protocole fonctionne, il sera forké. Pas par nous. Par d’autres. Le documentation intégrale de l’expérience — succès, échecs, obstacles, bricolages, engueulades — sera publiée comme un kit reproductible. « Fraudeurs de tous pays » n’est pas un nom de marque ; c’est un protocole open source.

L’objectif à horizon 2027 : dix jumelages sauvages entre quartiers stigmatisés en Belgique. Charleroi-Molenbeek. Liège Droixhe-Forest bas. Mons Jemappes-Saint-Josse. Chaque jumelage produit ses propres contre-récits, ses propres dossiers, ses propres assemblées. Le réseau qui émerge n’est pas une fédération — c’est un mycélium. Pas de centre. Pas de chef. Juste des connexions souterraines entre des territoires qui refusent d’être du décor.

Phase Durée Livrables Budget
Écoute croisée 4 semaines 20 portraits croisés 0€ (visio gratuite)
Contre-documentaire 4 semaines Série de capsules vidéo 0€ (smartphones)
Assemblée 1 journée Charte + demandes + protocole \~50€ (salle + café)
Lead-dexing 8 semaines Dossiers juridiques ciblés 0€ (bénévolat + OSINT)
Fork Continu Kit reproductible en ligne 0€ (GitHub Pages)

Tableau 2 — Chronogramme du jumelage sauvage (budget total estimé : \~50€)

IV. Le cadre théorique

Quand Marx rencontre Lorenz dans un CPAS verviétois

Ce protocole n’est pas une improvisation. Il s’inscrit dans le cadre conceptuel développé dans notre thèse « L’Anarchie peut-elle sauver le Capitalisme ? », dont il constitue l’annexe expérimentale. Rappelons brièvement les concepts-clés qui sous-tendent chaque phase.

Le jumelage comme bifurcation

En théorie du chaos, une bifurcation est le moment où un système change qualitativement de comportement. L’eau ne fait pas « un peu plus de liquide » à 100°C ; elle devient vapeur. Le jumelage Verviers-Transvaal vise à produire une bifurcation équivalente dans le récit médiatique : ces quartiers ne sont plus des « zones de pauvreté » mais des « laboratoires de dignité ». Le changement n’est pas quantitatif (plus d’aide, plus de subventions) mais qualitatif (changement de statut, de narration, de position dans le système).

Le contre-documentaire comme attracteur

Un attracteur, en dynamique des systèmes, c’est l’état vers lequel un système gravite naturellement. Le documentaire de Deborsu a créé un attracteur toxique : dès qu’on tape « Verviers » dans un moteur de recherche, on tombe sur la fraude sociale. Le contre-documentaire vise à créer un attracteur alternatif : un corpus de contenus qui gravite autour de la dignité, de la compétence et de la solidarité, et qui finit par attirer vers lui les recherches futures. En STIC, c’est du SEO militant : occuper l’espace informationnel avec un récit supérieur.

L’Assemblée comme structure dissipative

Prigogine a montré que l’ordre naît du désordre dans les systèmes ouverts traversés par des flux d’énergie. L’Assemblée des Fraudeurs est exactement cela : un système ouvert (tout le monde peut venir), traversé par un flux d’énergie (l’indignation), qui produit de l’ordre (la charte, les demandes, le protocole) à partir du désordre apparent (vingt personnes qui parlent en même temps de vingt problèmes différents). C’est la démocratie participative lue comme thermodynamique.

Le lead-dexing comme effet papillon juridique

L’effet papillon dit qu’une perturbation infinitésimale peut avoir des conséquences disproportionnées. Un dossier juridique impeccable, envoyé au bon moment au bon interlocuteur, est un papillon de Lorenz administratif. La particratie belge est un système chaotique déterministe : ses règles sont connues mais ses résultats sont imprévisibles. Le lead-dexing exploite cette propriété : chaque dossier est un point d’entrée dans le système chaotique, et personne — pas même nous — ne peut prédire lequel déclenchera la cascade.

La particratie ignore neuf mille décisions de justice ? Très bien. Nous allons en ajouter d’autres. Chaque dossier est une goutte. L’océan ne se vide pas au sceau ; il ne se remplit pas non plus au sceau. Mais il déborde, toujours, au moment où personne ne s’y attend.

Le fork comme entropie créatrice

L’entropie, en thermodynamique, c’est la mesure du désordre. En théorie de l’information, c’est la mesure de l’incertitude. Le fork — la copie libre et la modification d’un protocole — augmente l’entropie du système : il multiplie les variantes, les adaptations, les mutations. Le système ne sait plus où donner de la tête. Dix jumelages sauvages produisent dix fois plus de dossiers, dix contre-récits différents, dix événements à des moments imprévisibles. Pour le système particratique, c’est le bruit de fond qui devient signal. Pour nous, c’est le signal qui devient mouvement.

« Dans un système au point de bifurcation, ce n’est pas la taille de la perturbation qui compte, c’est sa précision. »
— Thèse principale, Chapitre 12

V. Avant-projet de Charte du jumelage

Dite « Charte des Fraudeurs »

Ce qui suit est un brouillon. La version finale sera écrite par les participants eux-mêmes, lors de l’Assemblée. Mais un brouillon, c’est un point de départ pour la bagarre. Voici le nôtre.

CHARTE DU JUMELAGE SAUVAGE

Rue de Dison (Verviers) × Quartier Transvaal (Auderghem)

« Fraudeurs de tous pays, unissons-nous ! »

Article 1 — Définition. Le présent jumelage est un acte de solidarité horizontale entre deux territoires stigmatisés. Il n’est affilié à aucun parti, aucune institution, aucun média, aucune ASBL, aucun dieu, aucun algorithme. Il est souverain.

Article 2 — Signataires. Toute personne résidant ou ayant résidé dans l’un des deux territoires peut adhérer au jumelage. La qualité de « fraudeur » est auto-attribuée, avec l’ironie requise.

Article 3 — Pas de charité. Ce jumelage n’est pas un programme d’aide. Personne n’aide personne. Tout le monde s’outille mutuellement. La différence est fondamentale : l’aide crée de la dépendance, l’outillage crée de l’autonomie.

Article 4 — Pas de porte-parole. Le jumelage n’a pas de président, pas de comité, pas de directeur. Toute personne qui prétend parler au nom du jumelage parle en son propre nom, et c’est très bien comme ça.

Article 5 — Tout est public. Chaque document produit dans le cadre du jumelage est publié sous licence Creative Commons BY-NC 4.0. Quiconque veut copier, modifier, adapter, traduire ce protocole est libre de le faire. Quiconque veut le vendre n’a pas compris le projet.

Article 6 — Pas de caméra sans consentement. En réponse directe au documentaire de Deborsu : aucune image de participant ne sera diffusée sans son consentement explicite, révocable à tout moment. Le ratio de montage minimum est de 1:1. Si vous filmez une heure, vous publiez une heure. Ou vous ne publiez rien.

Article 7 — Le droit à la colère. Ce jumelage reconnaît le droit à la colère comme un droit fondamental. Être en colère quand on est humilié à la télévision n’est pas un trouble du comportement. C’est de la santé mentale.

Article 8 — Le devoir de rigueur. Ce jumelage s’interdit le mensonge, l’exagération, la manipulation et la fabrication de faits. Nous laissons ces pratiques aux professionnels de l’audiovisuel.

Article 9 — La clause Deborsu. Si un média souhaite couvrir le jumelage, il devra se soumettre aux mêmes règles que celles que nous exigeons : consentement préalable, droit de relecture du montage, ratio minimum de restitution. Un documentaire qui parle des gens sans les respecter n’est pas un documentaire. C’est un safari.

Article 10 — Durée. Ce jumelage est illimité. Il ne cesse que si les deux quartiers décident unanimement qu’il n’a plus de raison d’être. Autrement dit, quand il n’y aura plus de pauvres. Autrement dit, pas demain.

VI. Vision à horizon 2029

Le mycélium des fraudeurs

Imaginez. Nous sommes en 2029. Le moratoire sur les reconnaissances en éducation permanente est levé. Ouaisfieu dépose son dossier. Et dans le dossier, il y a ceci : un réseau de quinze jumelages sauvages entre quartiers stigmatisés de Belgique, ayant produit quarante contre-documentaires, deux cents dossiers juridiques, dix assemblées souveraines, et un taux de non-recours aux droits sociaux en baisse mesurable dans les zones couvertes.

Le réseau n’a pas de structure centrale. Il fonctionne comme un mycélium : chaque nœud est autonome, connecté aux autres par des protocoles partagés mais pas par une hiérarchie. Chaque quartier produit son propre contre-récit adapté à sa réalité. Le kit « Fraudeurs de tous pays » est disponible en français, néerlandais, arabe, turc et romani — les cinq langues de la précarité belge.

Les CPAS sont débordés ? Plus besoin. Les habitants se débrouillent entre eux pour monter les dossiers d’aide. Les médias reviennent filmer Verviers ? Pas de problème : les habitants sont désormais formés à la négociation médiatique, exigent un contrat de tournage avec clause de montage, et s’ils ne l’obtiennent pas, produisent leur propre version. Chaque caméra qui entre dans la rue de Dison croise désormais dix caméras de smartphones tenus par des citoyens formés.

Le rapport de force s’est inversé. Pas par la violence. Pas par la rue. Par l’information.

« On ne sauve pas le capitalisme avec l’anarchie. Mais on peut sauver les gens avec l’auto-organisation. Et si les gens sont sauvés, le capitalisme a un problème. »
— Dr. Whoami, conclusion de la thèse principale

★ ★ ★

VII. Conclusion

Pas de conclusion. Un départ.

Ce document n’a pas de conclusion parce qu’il n’est pas fini. Il ne sera fini que lorsque les dix premiers participants de Verviers et du Transvaal auront décidé de ce qu’il doit contenir. En attendant, c’est un cadre. Un squelette. Un protocole qui attend d’être hacké par ceux qu’il concerne.

Deborsu a eu 200 000 euros et 37 minutes pour raconter l’histoire qu’il voulait raconter. Nous avons zéro euro et tout le temps du monde pour raconter la nôtre. Le rapport coût-dignité est en notre faveur.

Le capitalisme a inventé le poverty porn. Le système médiatique l’a diffusé. La particratie l’a instrumentalisé. Et les prolos — ceux-là même qu’on voulait transformer en figures de dégoût social — vont le retourner comme une crêpe.

Pas parce qu’ils sont héroïques. Pas parce qu’ils sont vertueux. Pas parce qu’ils sont « méritants », ce mot que le système adore utiliser pour trier les pauvres en deux catégories — les bons et les mauvais, les dignes et les indignes, les silencieux et les bruyants.

Parce qu’ils en ont marre. Et que le « marre », quand il est organisé, outillé et connecté, c’est la perturbation infinitésimale qui fait basculer le système. L’effet papillon des prolos.

FRAUDEURS DE TOUS PAYS, UNISSONS-NOUS !

Dr. Whoami

Cellule Analyse — ouaisfieu

Bruxelles, février 2026

Rédigé en collaboration humain-IA — Transparence totale, zéro bullshit.